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Film Streaming À la recherche de Garbo

Film de Sidney Lumet Comédie dramatique 1 h 43 min 12 octobre 1984

Apprenant qu'elle a un cancer et qu'il lui reste peu de temps à vivre, Estelle Rolfe, une femme divorcée, décide de tout tenter pour rencontrer Greta Garbo, son actrice préférée.

En 1984, "À la recherche de Garbo" fit une apparition aussi brève qu'anonyme dans les salles de cinéma et il est vrai qu'à première vu ce film n'a pas grand-chose pour lui : histoire simple et gentillette, photographie proche du téléfilm...pas de quoi soulever le fol enthousiasme ou de susciter la curiosité du quidam. Et pourtant, il s'agit d'un film de Sidney Lumet, celui-là même qui est capable de nous pondre une petite merveille à partir du pitch le plus banal du monde, il y a également une Anne Bancroft toujours aussi charismatique en tête d'affiche alors forcément on se pose, on ouvre les yeux et on apprécie. Car si ce film fait bien partie des œuvres mineures du cinéaste, il mérite d'être sauvé de l'oubli tant il possède le charme et l'élégance qui ont fait le succès des comédies dramatiques américaines, avec cette délicieuse touche de poésie à la Capra et cette tendresse si caractéristique pour des personnages gentiment décalés. Et puis, surtout, il y a cet hommage appuyé et sincère au cinéma, cet art unique qui sait si bien vendre du rêve et peut influencer durablement la personnalité de chacun, insufflant juste ce qu'il faut de force pour ne pas céder sous la morosité du quotidien et affirmer fort ses idéaux. Comme si Lumet prenait le relais de Mankiewicz pour nous dire que croire à ses rêves, c'est déjà les faire exister...

S'il y en a bien une qui a été influencé par le cinéma, c'est bien Estelle Rolfe ! Depuis qu'elle s'est glissée, toute gamine, dans une salle obscure pour y apercevoir Garbo sur grand écran, sa vie a changé. Au début c'est simplement la passion d'une fan pour son idole qui s'exprime et puis ça prend des proportions beaucoup plus importantes lorsque cette passion influence sa vie, son comportement et ses actions au quotidien. Estelle ne fait pas partie de ces fans qui poussent le mimétisme à ressembler complètement à leur idole. Non fort heureusement, on n'est pas dans Podium. C'est plutôt intérieurement que la transformation s'est effectuée, comme si le cinéma était la petite étincelle nécessaire pour illuminer sa vie. Ainsi, elle est devenu une femme totalement libre, combattant les injustices du quotidien. Sa béquille dans la vie, c'est le cinéma, son modèle, Garbo, est devenu au fil du temps une vieille amie. Rien d'étonnant donc de la voir se repasser une énième fois "Le Roman de Marguerite Gautier" et d'être émue comme si c'était la première fois. Lorsqu'elle apprend que ses jours sont comptés, elle n'a qu'une requête, pouvoir rencontrer enfin la Divine. C'est donc à son fils, Gilbert, un trentenaire qui regarde résigner le naufrage de sa vie, à qui incombe la lourde tâche de débusquer la vedette qui vit recluse depuis de nombreuses années.

Il faut tout le talent d'un Lumet pour éviter la surenchère émotionnelle et le pathos graveleux, donnant à son film l'apparence d'un conte moderne, il va s'employer à faire émerger dans la banalité du quotidien un peu de cette magie ou de ce rêve propre au cinéma. Ainsi le film s'ouvre avec la vision d'une Estelle émerveillée par la prestation de Garbo sur écran ; la séquence se passe comme si elle et Garbo se répondaient, jouant la même scène, la force du cinéma envahissant sa réalité propre. Pour son fils, c'est différent, il est passif, roi de la compromission, sa vie est d'une infinie tristesse. On comprend rapidement que cette magie du cinéma doit avant tout s'opérer sur le rejeton, le véritable moribond. Ainsi, plus que Garbo c'est lui-même qu'il va rechercher. Au fil de ses pérégrinations et de ses rencontres, il va progressivement s'ouvrir à la vie, affirmer sa personnalité et comprendre un peu mieux cette mère qui lui semblait si étrange. Garbo devient alors une image, un point que l'on fixe à l'horizon pour avancer ; et de la même façon que la vedette parla pour faire évoluer sa carrière, Gilbert s'ouvrira aux autres pour faire évoluer sa vie.

Le talent de Lumet est de faire passer au second plan la rencontre avec l'icône, d'ailleurs celle-ci n'est représentée que par une vague silhouette, s'attardant surtout sur le parcours personnel d'un fils et de sa rencontre avec sa mère. C'est là tout l'intérêt du film, des liens qui se créent enfin entre deux êtres qui ne se comprenaient pas, des rencontres drôles ou touchantes que Lumet filme avec beaucoup de tendresse, une ville qui bouillonne merveilleusement bien comme dans un film d'Allen.

Bien sûr les personnages, notamment les secondaires, sont peu étoffés, l'intrigue est convenue et on ne retrouve pas le cachet des plus grandes œuvres du cinéaste mais le film à suffisamment d'humour et de légèreté pour gagner notre adhésion et nous faire passer un agréable moment en sa compagnie. Et puis cette ode à la magie du cinéma et à la puissance des images a quelque chose de tellement réjouissant, qu'on a envie de paraphraser Estelle lorsqu'elle dit à un obscur antiquaire : "Allez au cinéma ! "

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