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Film Streaming Desperate Housewives

Série de Marc Cherry Comédie, drame et soap 8 saisons (terminée) ABC (US) 45 min 3 octobre 2004 (États-Unis)

Wisteria Lane est un lieu paisible où les habitants semblent mener une vie heureuse. Mais en y regardant de plus près, il semblerait que le bonheur ne soit pas toujours au rendez-vous. Peu à peu, les secrets remontent à la surface, risquant de faire voler en éclat la tranquillité de chacun.

Je me suis fait dernièrement une rétro complète de cette super série qui s'est achevée au bout de 8 saisons il y a maintenant trois ans.

Force est de reconnaître que cette série s'est vite imposée comme un cocktail gagnant de tout ce qui fonctionne : des actrices magnifiques, des situations irrésistibles, un dynamitage de tous les clichés écornant soigneusement le vernis de "L'American way of life". Si la série a politiquement été très ambiguë, parfois très réactionnaire; parfois très progressiste, elle a le mérite d'avoir fait évolué ses personnages, faisant que jamais un épisode ne se termine sans que ses personnages aient en quelque sorte changé. Chaque épisode est un chamboulement. Et si le vernis reste lisse, des fêlures secrètes se creusent. La série commence par le suicide d'une femme épanouie qui lève le voile et fait craquer ce quartier cossu et tranquille. Le ton est tout de suite donné. J'aime aussi l'empathie de Marc Cherry, sa capacité à élucider la complexité de toutes les situations, de toujours comprendre ses personnages. Exemple frappant : le plus beau personnage de la série, Bree Van de Kamp, qui déboule dans le Pilote tel un cliché ambulant, avec ses paniers de muffins roses et bleus et sa coiffure rousse parfaite, se creuse peu à peu et laisse voir un monstre de désespoir. Cependant, le vernis reste. C'est la caméra qui va la chercher, pleurant dans sa salle de bain. On passe d'un cliché à un cliché, me dira t-on. Le cliché psychanalytique de "la souffrance derrière l'image parfaite qu'on donne de soit". Oui, mais ce serait oublier que la série fait preuve d'un humour absolument décapant, noir, ironique, qui annihile tout esprit de sérieux. Souvent culotté, souvent mal-élevé, servie par des actrices exceptionnelles (Marcia Cross et Felicity Huffman en tête).

Car comment parler de Desperate Housewvies sans parler de ses actrices et du brio avec lequel elles campent des personnages aussi archétypaux, donc aussi difficiles à jouer ? Elles sont aussi sexy que libres, aussi drôles que bouleversantes. C'est sans doute l'une des raisons que je n'ai jamais pu décrocher une seule seconde de ce show qui a finit par s’essouffler : ses actrices. Il y a d'abord la fameuse Teri Hatcher, dans le rôle ingrat de la plus insupportable des Housewives, Susan Mayer. Hatcher est celle dont le jeu est le moins technique, le plus imprévisible : elle peut tout jouer, donner de la couleur à des situations impossibles, apporter une énergie incroyable qui sort de nulle part, fait dérailler les scènes. Elle a quelque chose de cassé en elle qui apparaît comme une brèche d'où peut s'échapper à tout instant la surprise, les larmes inattendues. Ses scènes d'émotion n'apparaissent jamais comme à faire, elles surgissent par-dessus son potentiel comique et sidèrent totalement. Son jeu est à la hauteur de son personnage : imprévisible et secrètement brisé. Eva Longoria hérite du personnage le moins intéressant de la série, son jeu est plus stéréotypé, moins fou, mais illumine la série de son potentiel comique. Elle est la housewife la plus drôle, la plus enlevée. Son personnage au début de la série était le plus flaubertien, le plus romanesque, ce qui sied parfaitement à son jeu. Son rythme est impeccable, elle est aussi très forte dans les scènes de dialogue, et excellente dans les scènes dramatiques. Viennent ensuite les plus beaux personnages de la série, servies par des actrices véritablement exceptionnelles. Felicity Huffman joue aux premiers abords le personnage le plus caricatural, le moins aimable des quatre. Mais ce qu'elle en fait est prodigieux. Je pourrais passer des heures à regarder cette femme jouer. Contrairement à Teri Hatcher, son jeu est très technique mais il est toujours simple, toujours limpide. Elle ne surjoue jamais, elle est toujours à sa place. Son personnage n'est ni dans les situations loufoques, ni dans les manies forcées, il est donc très difficile à jouer. Il y a dans son visage une beauté qui n'est pas simple à appréhender. Quelque chose d'une rage intérieur qui ne demande qu'à s'extérioriser et qui se contient toujours - ses scènes d'engueulade avec Tom où elle commence à mimer la compréhension avant de perdre ses moyens. Elle est incroyable dans les moments où l'intensité dramatique doit monter. Elle sait incarner cette graduation, engager ses émotions et son corps. Elle est l'actrice des plus beaux coups de tonnerre de la série : quand elle chasse un opossum dans son jardin comme elle se bat contre le cancer, où quand elle s'élève dans une prise d'otage pour hurler son désespoir sur la femme qui vient de tuer l'ex de son mari. C'est une actrice d'une force et d'une puissance exceptionnelle, qui sait paradoxalement incarner à merveille la fragilité contrariée de son personnage. Pour finir, il y a Bree. Bree est un mystère, un roc de velours, un monument de complexité et de nuances. C'est pour moi le plus beau personnage de la série. Marc Cherry aurait pu faire toute une série sur elle : inspiré de sa mère, il donne à Bree un désespoir lissse, une angoisse trouble, des névroses cachées et une dureté de lion. Marcia Cross était l'actrice peut-être trop évidente de ce rôle, mais comme Felicity Huffman, elle prête à Bree des reliefs insensés, des abîmes obscurs. Son jeu est rude mais se troue vers quelque chose d'infiniment mystérieux. La perfection de sa figure et son élégance forcée sont contredites par sa pâleur, son regard pénétrant, son corps raidi et sa taille haute, qui la fait se traîner tel un fantôme autour des autres. Elle ne pourrait être que l'énième ménagère à la vie parfaite mais pas si parfaite que ça, cliché des séries américaines. Mais Marcia Cross l’amène vers autre chose, plus sidérant, plus drôle aussi - car Cross est aussi une grande actrice comique, un comique étrange, d'angoisse de non-dits. "Je me souviens de son sourire serein et confiant, la douce élégance de ses mains, la chaleur raffinée de sa voix, mais ce dont je me souviens le plus de Bree, c'est de cette pointe d'angoisse dans son regard." Ce sont les mots de Mary Alice Young, comme une description du jeu de Marcia Cross : tout dans la fixité perturbante de son regard, qui se fixe sur vous et ne vous lâche plus.

Vraiment innovante lors des premières saisons, Desperate Housewives a perdu de son souffle pour devenir souvent complètement grotesque dans les dernières saisons. La série a basculé à partir de la fin de la saison 4 dans une surenchère d'intrigues nulles et sans intérêt, dans une guimauve puante, un côté soap mièvre et décevant ; alors que dans ses premières saisons, elle était délicieusement pop, entonnée, surprenante, légère, émouvante, étrange et dangereuse. Car elle osait le féminisme, tout d'abord. C'était bien la première série qui parlaient enfin des femmes de la manière la plus intelligente qui soit : par le prisme des clichés et des représentations sociales. Dangereuse, car elle posait ses bombes, ici, et là, dynamitait les clichés et les idées reçus, sondait les peurs primaires de l'âme et les désespoirs d'une société ; avec une rigueur, une assurance, un humour et une inventivité époustouflants. La voix de Mary Alice, autrefois si ironique et chantante, est devenue moralisatrice et lénifiante. La série a basculé dans le repli, dans le rejet de la nouveauté et de la fraîcheur : le danger venait désormais du dehors, alors que c'était le ver du noyau des valeurs familiales qui grignotait l'ouverture au monde dans les premières saisons (propos nettement plus subversif et intriguant). Comment en est-on arrivé là ? La faute à une peur compréhensive de ses scénaristes de laisser l'idée guider les intrigues - le côté réactionnaire de Marc Cherry, hors de tout contrôle, déléguant tout au scénario roi, prenant logiquement le dessus. Les intrigues devinrent donc de plus en plus énormes, de plus en plus tirées par les cheveux, avec des rebondissement impossible et jamais crédibles. La force de la série, c'était cette fantaisie et cette énormité des situations qui ne supplantaient jamais le propos sur la réalité de cette banlieue résidentielle (qui en gros, pourrait être la notre). Cette idée de base est totalement oubliée dans les dernières saisons. Il reste, cependant, des beaux moments d'émotion (la toute fin, la tentative de suicide de Bree, etc.) qui ravivent la puissance d'autrefois d'une série qu'on a adoré - et que, par fidélité, par amour, nous n'avons jamais cessé de regarder.

Les quatre premières saisons sont fantastiques. La première est de loin la meilleure, la plus piquante et dérangeante, la mieux ficelée, la mieux filmée aussi, et l'intrigue sur le suicide de Mary-Alice est formidable, dont le sublime personnage hante toute la saison - les yeux bleus diamant de Brenda Strong regardant le corps sans vie de la femme qui a mis au monde son enfant, une image rare, terrible, magnifique. A vrai dire, cette saison est un chef-d'oeuvre, indépassable, piégeux pour ses scénariste aussi : jamais un tel niveau d'excellence ne fut à nouveau atteint. Elle réserve des moments magistraux, la mort de Rex, Susan nue hors de chez soi, le meurtre de Martha Huber, la révélation finale : des scènes cultes et inscrites au panthéon de la télévision. La seconde, plus convenue, reste excellente et réserve quelques morceaux de bravoure inattendus (le pétage de plomb de Bree au cimetière, ou la balle silencieuse qui tue Matthew, moment extrêmement fort). La troisième est sans aucun doute la plus riche, la plus dense, la plus inégale peut-être mais aussi la plus belle avec la première saison. Très sombre et très existentielle, en rupture avec le système dramaturgique des deux premières, elle abrite l'une des meilleures intrigues de la série (celle d'Orson) et sans aucun doute son plus bel épisode (la prise d'otage, avec une Felicity Huffman exceptionnelle). La saison 4 est la dernière grande saison de la série, bien aidée par l'épisode formidable de la tornade et par le personnage de Katherine Mayfair, un pur diamant de désespoir et de force intérieure, sorte de Bree bis (la confrontation et l'amitié entre les deux est d'ailleurs la plus belle réussite de la saison). Je ne m'étends pas sur la saison 5, qui est nulle à tous les points de vue (la poursuite en forêt, digne d'un épisode d'une série avec Steven Seagal, a tué le charme de la série). Les trois dernières saisons étant plates et souvent grotesques, puantes idéologiquement et sans queue ni tête (la toute dernière réservant pourtant quelques beaux moments d'émotion).

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